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L’exécutif politique de Grenoble Alpes Métropole a été constitué en deux temps: la réélection de son président Christophe Ferrari le 17 juillet (au terme d’un duel assez rugueux avec le candidat soutenu par EELV, la France Insoumise et le Parti Communiste), et l’élection un peu chaotique des vice-présidents le 18 septembre (après deux mois de tensions et de pressions en tous genres). Que retenir au soir de ce second round et quels enseignements en tirer pour l’avenir de la gauche grenobloise? Il nous semble que ces deux temps de délibération entre les 119 conseillers communautaires de la métropole révèlent principalement un constat : les Verts sont dans l’incapacité de se poser en rassembleurs à gauche. Pire, certains d’entre eux semblent décidés à prolonger le harcèlement du président de la Métropole, ne digérant manifestement pas que leur tactique de prise de contrôle ait échoué. Heureusement, ces votes suggèrent aussi quelques notes d’espoir, après qu’une solution politique conforme au projet porté depuis 2014 et respectueux des équilibres issus des urnes, ait été trouvée en septembre.

La grosse surprise, c’est bien sûr le revers sévère subi par Eric Piolle dans cette séquence politique de vérité. Entre ses innombrables apparitions médiatiques nationales, le maire de Grenoble n’a eu de cesse de promouvoir la ligne dure d’un pouvoir métropolitain qui serait sans partage et résolument idéologique. Personne n’a oublié son coup de sang le 17 juillet avant le 3ème tour ni le mot d’ordre intimant à ses troupes de quitter la salle du conseil avant l’annonce des résultats définitifs La façon dont son cabinet a ensuite géré la crise pendant deux mois a confirmé cette impression d’une équipe guidée par la colère et le ressentiment. On pense aux tweets rageurs de fin du monde sur le complot avec les forces du mal (LREM…), la trahison morale, le blocage institutionnel, et même -il fallait oser- des références surréalistes à l’alliance de Charles Millon avec l’extrême droite en 1998. On pense enfin à l’initiative surprenante d’une négociation “secrète” avec les élus de la droite, pour que ceux-ci s’abstiennent le 18 septembre lors du vote des vice présidences. Les multiples suspensions de séance qui ont abouti finalement à l’élection des 20 vice-présidences montrent l’impasse dans laquelle Verts et Insoumis se sont engagés durant tout l’été. Pour aller finalement à Canossa et accepter la répartition “au pèse lettre”, en fonction des scores électoraux, que leur proposaient Ch. Ferrari et son groupe. La guerre des mots et de postures a laissé des traces, les deux leaders de UMA (Yann Mongaburu et Céline Delattes) n’obtiendront respectivement que 58 et 63 voix alors que la majorité de la gauche plurielle comporte 92 conseillers…

Est-ce la fin de cet épisode à la fois consternant et révélateur d’une certaine façon, autoritaire et dogmatique, de faire de la politique ? On pourrait l’espérer tant ces manœuvres politiciennes sont sans doute largement fustigées par les citoyens. Mais rien n’est moins sûr. On apprenait le 23 septembre que l’association écologiste ADES venait de déposer un nouveau recours devant le tribunal administratif pour contester la légalité de l’élection des vice-présidents. Vincent Comparat, l’auteur du recours, dont on peut difficilement imaginer qu’il n’ait pas eu l’assentiment d’Eric Piolle, explique que celle-ci qui a élu 9 écologistes sur les 20 vice-présidents, est entachée d’irrégularités… De plus, le recours concernant l’élection du président de la Métropole le 17 juillet a été maintenu, contrairement aux engagements pris lors de la négociation entre les groupes majoritaires à la Métro, et s’accompagne même d’une demande d’inéligibilité à l’encontre de Christophe Ferrari devant le Conseil d’État ! Nous verrons la suite mais on peut constater que les écologistes ont bien du mal à accepter un vote démocratique qui ne leur est pas favorable.

Les notes d’espoir, c’est le constat que la majorité des représentants élus des 49 communes s’est ressaisie le 18 septembre en donnant aussi à voir par moments une assemblée riche de sa diversité et consciente de ses responsabilités. Malgré la pression permanente des Verts réclamant des suspensions de séance à répétition, les votes se sont déroulés dans la transparence et les prises de parole ont finalement montré des visages, des projets, des idées, des controverses, et aussi des ambitions pour la métropole. On est loin du tableau simpliste de forces politiques inconciliables justifiant pour les Verts la mise à l’écart de tous ceux qui ne pensent pas comme eux. La retransmission intégrale des débats (avec beaucoup de caméras et un son efficace) a permis d’entrevoir une intercommunalité grenobloise pleine de ressources et de forces vives. Grenoble Nouvel Air a défendu pendant toute la campagne un projet métropolitain de réconciliation et d’audace au service des plus fragiles mais aussi de soutien aux innovateurs et humanistes de tous poils. Les amis du Vert sévère de la ville centre sont certes dans l’équipe qui va gouverner la Métro. Mais grâce à la persévérance de Christophe Ferrari, ils y sont à leur place, parmi d’autres forces de gauche et dans un dispositif où tous ceux qui relèvent les manches pour construire la métropole de demain sont les bienvenus. La crise sociétale est d’une trop vaste ampleur pour se perdre dans les postures vertueuses et les clivages partisans de principe. En tout cas, c’est notre conviction.

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